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BlogSaturne - Culture et Gastronomie

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[Mais c'est quoi le théâtre ? #01] Drôle de guerre..

[Mais c'est quoi le théâtre ? #01] Drôle de guerre..

[Mais c'est quoi le théâtre ? #01] Drôle de guerre..

50 ans de OFF au festival du IN pour la création de cet hyper-marché du spectacle vivant où un spectacle est une consommation qui se doit d’être claire, rapide et efficace. L’on y vend son petit objet que l’on estampille « rire garanti » car le spectateur ne veut pas s’ennuyer, il veut rire à s’en tenir les côtes ; ce sont là les seules armes du spectacle vivant : le rire ou l’ennui. Le divertissement ou la tête que l’on se prend dans les mains, que l’on gratte au sang. Le théâtre populaire ou le théâtre contemporain.

Une drôle de guerre où ce chiant là, parce que nous aimons appeler un chat un chien, nous l’avons appelé le théâtre contemporain, la prise de la tête, et avec tous les jeux de mots possibles pour le moquer, lui montrer de quel rire on se chauffe : et c’est autant de content pour rien et de content prout qui débarquent.

Guerre cocasse où ce drôle-là est érigé en allant chercher une bannière qui traine dans le vestiaire poussiéreux de quelques engagés disparus en haute mer, voilà le théâtre populaire.

Guerre ouverte, guerre de sang où l’on meurtri la pensée d’un monde que l’on ne saurait voir, ce théâtre contemporain, ce théâtre d’aujourd’hui donc, ce théâtre que l’on dresse maintenant pour s’adresser au peuplement de l’instant présent.

Inquiétant.

Et parce que faire là pour tout de suite n’est pas si facile puisque cela implique de chercher à comprendre le monde et ça n’est pas si facile, parfois on prend un peu trop son temps, on développe, on cherche ses mots, on prend le risque de se tromper et de se prendre les pieds dans le tapis, ça n’est pas si facile, c’est une drôle d’entreprise qui ne l’est pas forcément, drôle, car à force de creuser dans notre terre, d’arracher les racines et de s’en mettre partout, ça n’est pas vraiment ce qu’on trouve, le drôle. Etre fossoyeur, ça n’est pas marrant-marrant, au risque de poser sa pelle bien plus haut que son derrière.

De l’autre côté du no man’s land, l’industrie du rire s’attaque au temps, il faut le saccager, le compresser, aller très vite à son objectif, vite pour exister et détonner en fou rire. L’aujourd’hui se retrouve aux quatre coins de notre tête façon puzzle, au risque d’envoyer le tout-venant dans la précipitation de l’efficacité quantifiable et qualifiable.

C’est tout de même dommage de se déclarer la guerre à tout bout de champ, et de vivre dans la peur, chacun dans son camp, et avoir peur de celui qui rit face au temps, et avoir peur de celui qui creuse en prenant son temps.

Au fond, celui qui s’esclaffe se regarde déjà mort et tout disloqué à l’horizontale et c’est très bien comme ça.

Au fond, celui qui creuse, vit parmi les morts qu’il redresse un instant à la verticale et c’est très bien comme ça.

Tu te rappelles Horatio, je me souviens de ce rire là, tout disloqué dans la terre, il me donnait l’absolution alors que j’étais minot, il me portait sur son dos, maintenant ce souvenir m’écœure.

Je vous assure qu’il vaut mieux rendre les armes, le rire ou l’ennui, nous allons tous mourir, le spectacle vivant est là pour nous réconcilier avec cette vérité et non pour la détruire aux armes que l’on trouve à disposition.