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BlogSaturne - Culture et Gastronomie

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Le Cauri Théâtre, une compagnie qui fait feu.

Le Cauri Théâtre, une compagnie qui fait feu.

Le Cauri Théâtre, une compagnie qui fait feu.

Le Cauri Théâtre est une compagnie Normande emmenée par sa directrice artistique, metteuse en scène et auteure Marjolaine Boudet.

Mollusque du spectacle vivant, le cauri avance le squelette à l’air, la chair fragile lorsqu’elle s’excave, en proie facile, elle met le nez dehors pour se livrer à un drôle d’exercice, une sorte de confidence personnelle.

Un mollusque, c’est une masse viscérale, un corps essentiel qui se ventouse au monde de toute la force de son pied. Le cauri essaye de comprendre ce qu’il fout là, à endurer la mer qui lui passe dessus, à sentir des doigts forcer son décollage pour atterrir dans la bouche de quelqu’un, être noyé dans la poussière puis déterré pour être échangé contre des objets, des denrées… Sur sa coquille, il représente tout ce qu’il se dit à l’intérieur, il se confit, c’est un théâtre bien étrange qui ne vous laisse pas tranquille, non, c’est une confidence qui attire votre attention, qui se met à parler crûment, sans aucun détour, sans esbroufe, de ce qu’il juge essentiel, de ce que tout théâtre se doit de juger essentiel : son imagination face au gouffre de la mort.

Faire théâtre du cauri, c’est bien faire théâtre de ce qui met son squelette à l’extérieur, laissant une chair molle, un viscère sans atours.

Faire cauri du théâtre, c’est bien confesser une fragilité essentielle pour tout un chacun sans attendre la moindre absolution. Une confession personnelle qui ne cherche pas à oublier, l’oubli est bien le sens de l’absolution, une confession qui ne traque pas l’oubli à tout rompre mais qui reste là, à l’air libre du temps qu’il fait aujourd’hui, qui prend tout dans la gueule et qui montre les coups que tout le monde prend, qui regarde la mort en face, les yeux dans les yeux, avec rien dans les manches, et qui passe à son voisin ce qu’il voit et ce qu’il entend sans même se demander si ce qu’il voit et ce qu’il entend sont parfaitement intelligibles ou comestibles, ça n’est pas ça l’important, l’important c’est d’être là, bien arrimé alors que l’eau monte et menace, pour montrer à quoi ça ressemble à l’intérieur, un viscère sans atours, le squelette à l’air, sans chercher à ce que cette vue provoque une réaction bien définie, quantifiable et qualifiable dans l’œil du voisin, mais plutôt demandant sincèrement à ce voisin ce qu’il voit, ce qu’il comprend, ce que l’on appelle un dialogue, une conversation ; voilà bien une entreprise qui se fait rare dans le spectacle vivant où l’on y mange souvent au lieu d’y converser, les yeux dans les yeux, et rien dans les manches.