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BlogSaturne - Culture et Gastronomie

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2084

2084

2084

2084 La fin du monde

La science-fiction française est un genre majeur de la littérature française, quoique enfermé dans des collections étiquetées – au même titre que le polar – Folio SF (Gallimard), Anticipation (Fleuve noir) ou encore Présence du futur (Denoël). Les écrivains qui peuplent ces ghettos : Pierre Bordage, Serge Brussolo, Bernard Werber… Ou qui les ont peuplés : Stefan Wul, Pierre Boulle, René Barjavel, Jules Verne… et pourquoi pas Voltaire.

Certains écrivains échappent à l’étiquette SF d’une collection scrupuleuse pour ainsi intégrer un circuit de distribution plus vaste, c’est le cas par exemple de Michel Houellebecq avec « La possibilité d’une île » (Fayard) et « Soumission » (Flammarion) ou plus récemment de Boualem Sansal avec « 2084 – La fin du monde » (Gallimard), livre paru le 20 août 2015 en même temps qu’un Gallimard Quarto intitulé « Romans 1999-2011 » contenant « Le serment des barbares » - « L'enfant fou de l'arbre creux » - « Dis-moi le paradis » - « Harraga » - « Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller » et « Rue Darwin ».

Avec « 2084 », Boualem Sansal signe son premier livre de science-fiction et profite de l’occasion pour rendre un hommage au livre de George Orwell : « 1984 » paru en 1949 en Angleterre et 1950 en France. Dans le Londres de l’Angsoc en Océania de 1984, Big Brother is watching you, nous sommes plongés dans le quotidien d’un totalitarisme inspiré par le nazisme, le fascisme, le stalinisme. L’homme y est réduit à une mécanique soumise, tout comme la langue, la novlangue, dont le vocabulaire fond comme neige au soleil.

Le livre de Boualem Sansal ne se passe pas en 2084, il se passe après cette date dans un aujourd’hui perpétuel et ignorant de tout. 2084 est une date symbolique qui marque le début de toute chose pour l’Abistan – immense empire fondé sur la soumission à Yölah et Abi son délégué.

Tout commence dans un sanatorium perché au sommet de terribles montagnes où Ati reçoit des soins et commence l’impensable puisqu’il commence à douter des certitudes imposées et de ce bonheur officiel qui ne doit souffrir aucune question. Et comme le dit si justement Boualem Sansal :

« Le Système ne veut pas que les gens croient ! Le but intime est là, car quand on croit à une idée on peut croire à une autre, son opposée par exemple, et en faire un cheval de bataille pour combattre la première illusion. […] Le Grand Ordonnateur dit ceci : « Ne cherchez pas à croire, vous risquez de vous égarer dans une autre croyance, interdisez-vous seulement de douter, dites et répétez que ma vérité est unique et juste et ainsi vous l’aurez constamment à l’esprit, et n’oubliez pas que votre vie et vos biens m’appartiennent. » »

Boualem Sansal, "2084, la fin du monde"

« 2084 » est un livre qu’il faut lire pour son écriture fine qui équilibre traits d’humours, abilang inventive et gravité aventureuse ; pour ses nombreuses parties descriptives et explicatives de l’Abistan développées avec beaucoup d’intelligence. Les aventures d’Ati, quant à elles, si elles servent de prétexte, sur les trois premiers quarts du livre, à cette fameuse narration descriptive, tendent à se précipiter sur le dernier quart avec quelques maladresses d’écriture. L’aventure se voit par moment résumée pour aller plus rapidement à l’essentiel, cela va bien précipitamment sur un épilogue tout à fait accessoire.

Malgré ce final légèrement confus, Boualem Sansal réussit un grand livre qui ne peut qu’être conseillé.

Le Quarto qui lui est consacré par Gallimard est également une excellente idée de cadeau à glisser sous le sapin.

La note succincte

2084

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