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BlogSaturne - Culture et Gastronomie

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[Mais c'est quoi le théâtre ? #03] L'utilité du théâtre ?

[Mais c'est quoi le théâtre ? #03] L'utilité du théâtre ?

[Mais c'est quoi le théâtre ? #03] L'utilité du théâtre ?

Aujourd'hui le théâtre doit être une action culturelle en direction, par exemple, des quartiers difficiles, des prisons, des hôpitaux, des crèches... On pense le théâtre – la danse, le cirque – comme un outil pédagogique ou thérapeutique. Ceci pour s'inscrire dans la vie de la cité.

Concrètement, pour qu'un projet puisse se développer, il faut qu'il puisse agir culturellement dans la cité et ainsi aller graisser l'un de ses rouages.

Concrètement, pour qu'un projet puisse se développer, il faut qu'il soit utilisé – il faut qu'il soit utile, qu'il soit un outil.

Mais le théâtre n'est pas forcément utile, il échappe même souvent au divertissement le bougre, il est de l’étoffe dont les rêves sont faits, pour paraphraser Prospero. Qu'en est-il de ce théâtre-là qui résiste à l'utilisation, à l'indexation et au catalogage ? Il aura toutes les peines du monde pour exister et échappera aux financements publics ou privés jusqu'à ce qu'il rencontre – peut-être – son public.

Mais il n'y a rien de nouveau sous le soleil, le théâtre a TOUJOURS été utilisé comme outil le plus lisse possible et le théâtre a TOUJOURS débordé cette restriction - bon gré, mal gré – pour explorer l'inconnu, l'étrange de la vie et pour engueuler, faire trembler et rager.

Le théâtre est un outil pour discuter la cité grecque mais dès lors que la discussion s'envenime et questionne brutalement les Dieux, le théâtre s'évapore.

Voilà que l'église fait du théâtre sur les parvis pour instruire le simple sur les mystères du Dieu unique mais l'instruction se fait frivole puis grossière et voilà que le théâtre est excommunié.

Le théâtre est une propagande rêvée pour les empires car il valorise le patrimoine et la langue, il amuse et il divertit les puissants mais il se fait trop incisif, remet à sa place le roi ou l'empereur et les théâtres ferment.

Le théâtre né aussi et surtout de ce frottement-là entre ceux qui pratiquent cet art et ceux qui le financent pour mieux l'utiliser à des fins nobles ou discutables mais là où on pourrait croire que ce frottement n'est plus et que seul demeure l'intérêt pour la création artistique de tous poils tant qu'elle trouve son public, il n'en n'est rigoureusement rien.

Le théâtre et son financement est un rapport conflictuel fait de compromis, de frustrations et de révoltes audacieuses ou pédantesques. Au fond, le théâtre c'est celui qui a quelque chose à dire, et le financement vient de celui qui détient le pouvoir, qui l'exerce et qui pense certainement : "soit proche de tes amis et encore plus de ceux qui ont quelque chose à dire".

En comparaison, le cinéma est-il différent ? Il s'agit d'une technique, d'une invention scientifique, soumise à ces évolutions et c'est donc, dès Edison et son phonographe puis les frères Lumière et le cinématographe, une curiosité que l'on montre dans les cafés. Puis c'est avec Méliès et Charles Pathé que le cinéma devient une attraction foraine. C'est une attraction populaire qui agit sur les foules, il en est toujours ainsi aujourd'hui.

Mais là où le théâtre a toujours été en frottement avec l'utilisation que l'on voulait faire de lui, a toujours rechigné et discuté ; le cinéma a toujours été plus docile – car entreprise lucrative dès l'origine et l'une des premières "vues" des frères Lumière consiste à filmer les ouvriers qui sortent de leur usine. Le cinéma s'est toujours fait publicité d'industries et d'entreprises pour trouver ses financements et par là propagande plus ou moins subtile et insidieuse. Finalement, le cinéma demande davantage d'argent pour exister que le théâtre et reçoit en échange un contrôle, une censure, un compromis presque pacte faustien à hauteur de l'investissement et de l'impact sur les foules.

Le théâtre pose certainement problème puisque, à la différence donc du cinéma, il s'agit d'un art pauvre, éphémère, sans assises qui ne soit de marbre, c'est là sa définition essentielle et c'est là sa chance : il n'est pas reproductible, ce sont des hommes et des femmes qui se regardent disparaitre.

Voir également les épisodes : Drôle de guerre.. et ô spectateurs/théâtre infirme !