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BlogSaturne - Culture et Gastronomie

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MACBETH fatum / Angelo Jossec

MACBETH fatum / Angelo Jossec

MACBETH fatum / Angelo Jossec
MACBETH fatum / Angelo Jossec

Du Théâtre des Crescite

Mise en scène : Angelo Jossec

 

Une critique de théâtre est nécessairement une réponse subjective là où le spectacle vivant – pour paraphraser Kantor – est une réponse au réel.

C'est en tant que traducteur du spectacle que j'essaye de répondre au dit spectacle du Théâtre des Crescite, à partir d'un instant de la scène 1 de l'acte IV.

 

Macbeth et Lady Macbeth, couple sans enfants, n’ont d’autre dieu que leur intérêt commun : lui voulant devenir monarque absolu et elle, alimentant ce désir de pouvoir. Le couple est prêt à tout pour triompher. Au-delà du versant politique de cette histoire, c’est la question de l’humanité qui ont intéressé le jeune metteur en scène et comédien Angelo Jossec et sa compagnie. Comment l’homme peut-il se résoudre à tant de cruauté et d’horreurs ?

Le Théâtre des Crescite revendique le souhait de pratiquer un « théâtre pauvre » au sens noble du terme. Un théâtre sans fioritures qui s’en tient à l’essentiel et met l’acteur au centre de la scène, comme pilier le plus important de l’édifice. Pour ce nouveau spectacle, le défi est de raconter Macbeth en 1h30, avec cinq comédiens pour jouer plus de trente personnages ! Comme dans ses précédentes créations, la compagnie crée tous les effets à vue pour mettre le spectateur dans la confidence. Il s’agit de rendre compte des artifices et de ce qui fait « théâtre ». Avec ingéniosité, folie et pour tout décor quelques tables, chaises et draps, les acteurs passent d’un rôle à l’autre, oscillant entre tragédie et comédie, bouffonnerie et romance, pour donner à voir la richesse et l’étendue des registres et des genres propres à l’écriture de Shakespeare.

(Source du CDN de Haute-Normandie)

 

 

Fatum : la calamité, le malheur, l'accident, le destin, la fatalité...

 

Angelo Jossec raconte au moins deux histoires avec cette adaptation de "Macbeth" de William Shakespeare – pièce de 1606 écrite pour le roi Jacques Ier, premier roi à la fois d’Écosse et d'Angleterre : l'histoire d'une troupe poursuivie par la malchance – on raconte que "Macbeth" est une pièce maudite – et résolue à jouer mais sans les moyens initialement prévus et amputée d'une partie importante de la distribution. Ils ne sont plus que cinq et vont jouer l'artifice à vue en taillant dans la pièce pour en voir le bout.

La deuxième histoire, c'est celle de Macbeth, bien sûr, qui revient victorieux du charnier et qui s’entend dire par des sorcières d'outre-tombe qu'il sera bientôt roi. C'est le début du cauchemar : Macbeth et sa femme assassinent le bon roi Duncan et tous ceux qui représentent une menace, réelle ou illusoire, jusqu'à ce que l'armée de Malcolm réussisse à vaincre le tyran.

 

Si la mise en scène d'Angelo Jossec est astucieuse, indéniablement ambitieuse et généreuse et d'un humour féroce, elle me pose question à un endroit, celui où – Acte IV, scène 1 - Macbeth rencontre Hécate (où peut-on le supposer) – déesse grecque de la lune qui représente la mort. Si les sorcières ont bien une scène avec Hécate, Macbeth ne la rencontre à aucun moment et, lors de cette scène, ne rencontre que les sorcières qui lui font voir d'étranges et morbides délires. Mais l'adaptation d'Angelo Jossec fait en sorte que les informations importantes soient délivrées par les sorcières en début de scène, le spectacle pouvait continuer et aller à la scène suivante mais Macbeth veut en savoir plus et étancher une angoisse, une sorcière lève alors les rideaux et clame "apparait !!". Des néons s'affolent, une musique grave et tonitruante s'élève alors qu'une créature fantastique et monstrueuse de plus de deux mètres va lentement à la rencontre de Macbeth, les deux se tiennent par la main, Macbeth a le visage levé vers celui de la créature et semble doucement étonné. On baisse les rideaux et le spectacle continue.

 

Cet instant dénote jusqu'à rentrer en collision avec l'architecture même du spectacle qui est essentiellement drôle et parfois tragique mais toujours dans une fabrique "pauvre". Pour cette apparition, c'est un théâtre soudainement grandiloquent qui vibre et nous en met plein la vue.

La pièce de Shakespeare offre le choix du grandiose épique : les délires des sorcières, le fantôme de Banquo en plein banquet, la forêt de Dunsinane qui avance vers le château de Macbeth, des combats à l'épée... Mais Angelo Jossec traite tout cela en accord avec son théâtre qui cherche l'essentiel avec amusement, tout sauf cet instant qui ne figure pas dans la pièce de Shakespeare.

Cette image continue de me hanter jusqu'à constituer et ramasser ce qui fait cauchemar dans ce spectacle.

La créature semble donner corps à une angoisse, c'est souvent le propre de l'horreur, mais Macbeth se contente de lui donner béatement la main, béatitude qui justement peut s'expliquer par ce corps comme catharsis de l'angoisse de Macbeth.

 

Macbeth est roi depuis peu, il porte une couronne un peu ridicule taillée dans un kilt écossais et donne la main à ce qui est plus grand que lui et qu'il ne comprend pas. Cette image me rappelle "Max et les Maximonstres" de Maurice Sendak publié en 1963, en anglais Where the wild things are, où se trouvent les choses sauvages. Dans ce livre jeunesse, Max, un jeune garçon, porte un costume de loup et joue sauvagement dans la maison jusqu'à être privé de repas dans sa chambre. C'est alors que la paysage se transforme et qu'il accoste sur l'île des maximonstres et où il deviendra roi de ces étranges monstres jusqu'à s'ennuyer et rentrer chez lui où l'attends un repas encore chaud. C'est un livre sur la colère que peut ressentir l'enfant, colère parfois assourdissante qui déconnecte de la réalité, colère qui intervient souvent à l'encontre de l'adulte que l'on ne comprend pas et qui amène de la frustration.

 

Angelo Jossec voit dans la pièce "Macbeth" la stérilité du couple Macbeth, la stérilité comme source de frustration extrême qui libère une colère sanglante. Mais avec cet instant Macbeth/Hécate en tête, ça n'est plus que la colère d'un enfant qui joue violemment face à l'adulte qu'il ne comprend pas, l'enfant entouré de son imaginaire fait de cartons et de ficelles - c'est d'ailleurs bien la fabrique du théâtre qui nous est présentée.

 

"Macbeth" se voit alors moins comme la tragédie d'un homme qui n'arrive pas à avoir d'enfant que comme la tragédie d'un enfant qui n'arrive pas ou qui ne veut pas devenir adulte.

MACBETH fatum / Angelo Jossec