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BlogSaturne - Culture et Gastronomie

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L'horreur comme genre

L'horreur comme genre

L'horreur comme genre

En 1922, Murnau réalise le film "Nosferatu le vampire". Dans ce film, l'arrivée du comte Orlok dans la ville de Wisborg déclenche une épidémie de peste. Le vampire apparait comme la cause d'un mal qui dépasse bien souvent l'homme et ses capacités à comprendre et accepter le monde hostile qui l'entoure. Orlok, dans sa monstruosité, exprime ce qui échappe à l'homme et le menace. La maladie fut régulièrement liée au vampire, que ce soit l'épidémie avec Nosferatu, ou la maladie vénérienne avec, par exemple, "Le cauchemar de Dracula" réalisé en 1958 par Terence Fisher. Dracula, interprété pour la première fois par Christopher Lee, est l'amant que la femme attend, prise de convulsion rappelant l'hystérie. La morsure sanglante du monstre est tout à la fois une libération, un viol, une inquiétude liée au sexe, à ce qui pénètre l'autre avec plaisir, douleur, désordres de l'enfantement, de la fausse couche, de la maladie et de la mort.

L'horreur comme genre

Le fantastique permet d'articuler, d'exprimer ce qui nous échappe et ce qui nous fait défaut, c'est le signe d'une réalité qui déçoit ou que l'on rejette. Le fantastique permet alors aux monstres de jaillir de notre peur de la mort, de la maladie, de l'autre... à la magie de renforcer un besoin de contrôler ou modifier un réel inquiétant ; à tout un bestiaire merveilleux de combler les manques de notre connaissance et de notre appréhension du monde.

Les deux films que nous avons brièvement évoqués relèvent du fantastique en tant que genre mais semblent également vouloir appartenir à ce que l'on appelle le genre de l'horreur mais pourquoi ? Pour quelles raisons ? Et quelles sont les caractéristiques qui définissent ce genre que l'on appelle l'horreur ?

On parle bien de cinéma ou de littérature d'horreur ou d'épouvante mais il apparait bien difficile de définir ce genre.

Un genre rassemble selon des caractéristiques communes et l'horreur n'est ni plus ni moins que l'expression de la peur.

Mais la peur est une émotion propre à chacun que l'on ressent face à une menace immédiatement perceptible, qu'elle soit sérieuse (un incendie) ou irrationnelle (une phobie), ou face à une menace imperceptible de l'ordre de l’appréhension, de la méfiance ou de la paranoïa.

Nous pouvons alors dresser une liste conséquente de films ou de livres qui ont recours à ces critères, une liste bien trop conséquente.

Ici se trouve un problème : est-ce que l'horreur en tant que genre réunit les œuvres qui font de la peur leur sujet et ou celle-ci est omniprésente ; ou est-ce qu'elle réunit les œuvres qui cherchent à provoquer la peur chez le lecteur ou spectateur ?

Dans le premier cas, les œuvres peuvent vite être légions et dans le deuxième cas, le corpus ne peut que se constituer de manière individuel et de façon fluctuante selon le contexte, l'âge...

Il faut également ajouter que, dans le deuxième cas, doit-on faire peur ou doit-on déranger ? Car un objet peut perturber et troubler sans pour autant faire peur.

Le cinéma de David Lynch peut être perturbant par son approche parfois complexe et labyrinthique mais relève t-il de l'horreur pour autant ?

"Inland Empire" de David Lynch

"Inland Empire" de David Lynch

Le genre cinématographique de l'horreur s'est constitué commercialement selon des critères hasardeux : telle œuvre est censé faire peur par son ambiance, ses mécaniques propres à faire sursauter, telle autre dérange... Et comme le fantastique traite en partie du monstrueux, de l'étrange et du bizarre, bref, de ce qui nous échappe, on a également fait de l'horreur un sous-genre du fantastique.

Et lorsque l'étrange apparait être l'alien d'une autre planète, l'horreur peut même devenir un sous-genre de la science-fiction.

Mais l'horreur continue d'être une industrie de train fantôme, la promesse de faire sursauter sans autre visionnage possible. Car le sursaut est lié à la surprise, à la diversion puis à l'effet qui surgit. Mais une fois la surprise donnée, s'il on se replonge dans l’œuvre, l'horreur aura disparue.

On peut penser qu'il s'agit finalement d'un fourre tout commercial et putassier mais c'est qu'à la vérité, il s'agit d'un genre insaisissable aux contours flous et aux frontières incertaines.

La peur est une émotion propre à chacun, il parait difficile voir impossible de trouver des critères suffisants à constituer un genre qui soit stable, d'autant que chaque œuvre qui se réclame de l'horreur appartient finalement au fantastique, à la science-fiction ou au thriller. Mais cette tentative de classification s'appuie sur une véritable demande, un besoin cathartique pour l'homme de se libérer de ses peurs et de son ignorance terrifiante.

L'horreur en tant que genre est donc un cadre qui se redéfinit sans cesse en fonction de chacun, les critères en sont volatiles et instables et ce qui horrifie est de l'ordre de l'apparition et du surgissement pour le spectateur, passant d’œuvre en œuvre, toujours là où on ne l'attend pas.

L'horreur comme genre
L'horreur comme genre
L'horreur comme genre
L'horreur comme genre
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