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BlogSaturne - Culture et Gastronomie

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"ça ira (1) Fin de Louis" de Joël Pommerat

"ça ira (1) Fin de Louis" de Joël Pommerat

"ça ira (1) Fin de Louis" de Joël Pommerat

Et si François Hollande allait au théâtre ?

 

Ah ! Et si François Hollande allait au théâtre ? Oh ! Bien sûr, il choisirait une pièce de quelqu’un de connu et de reconnu. Bah ! François Hollande n’irait pas mettre ses majestueux petons dans un petit boui-boui de quartier ! Enfin, un ancien magasin de fruits et légumes reconverti en salle de spectacle où les planches craquent et menacent de s’effondrer. Non, non, non, non, non, François Hollande, lui, il veut voir un spectacle à sa hauteur. Bon, après vérification, il ne mesure qu’1m70, de ce fait la chose dramatique n’est pas obligée d’être complètement grandiloquente….Mais peu importe, car pour François Hollande, on parle de sa grandeur hiérarchique, due à son rang et un président de la République, ça ne se déplace pas pour n’importe quoi ! Ah ! Ça non ! Ça ne se déplace que pour être connu et reconnu à son tour. Alors, forcément, François Hollande choisira d’aller poser son auguste popotin sur un des fauteuils en velours rouge, mou mais pas trop, à l’image de son superbe croupion flasque mais aussi assez coriace, dans un gigantesque théâtre à l’italienne au sein duquel de courageux programmateurs auront eu la riche idée de faire venir Joël Pommerat, quadruplement récompensé lors des Molière 2016, avec sa toute revue de music-hall ô combien grand-guignolesque « ça ira (1) Fin de Louis ».

 

Attention ! Entendons-nous bien ! D’aucuns pourraient croire que je malmène le sieur Pommerat. Bien au contraire, je reviens tout juste de cette dernière fantasmagorie et croyez-le ou non, j’étais debout lors des saluts et je me suis, par ailleurs, lapidé les mains à force d’applaudir. Joël Pommerat a ce côté assez absurde qui fait de lui un auteur et un metteur en scène génialissime et qui en plus n’a pas besoin de se faire passer pour un artiste maudit car reconnu par ses pairs mais aussi par le public. « Ça ira (1) Fin de Louis » est une prouesse non seulement de dramaturge mais aussi de directeur d’acteurs. La façon dont il gère les multiples énergies , la pluralité des discours, la volonté d’ouvrir les perspectives sans oublier sa formidable manière de réussir à harmoniser le chaos font de lui, sûrement, l’un des plus grands artiste du théâtre français.

 

Mais revenons à notre Français national, notre François Hollande. Pour lui, peu importe que Joël Pommerat soit arrivé à achever en seulement 4 heures une imposante fresque politique, du moment que le dit artiste remplisse des salles et qu’ainsi le citoyen Hollande puisse être admiré de tous. Des riches, devant et des pauvres, derrière. François Hollande, lui, choisira de s’asseoir au milieu : plus pratique pour être contemplé et tellement proche du petit peuple ! Alors, François Hollande se dandine un peu sur son siège, il faut trouver une agréable assise puisque celle-ci va durer 4 heures… Mais 4 heures de quoi, au fait ? François Hollande un peu mal à l’aise de ne pas savoir quel est le sujet du spectacle décide de considérer le petit programme donné quelques instants auparavant par une jeune étudiante en licence d’arts du spectacle option études théâtrales dont le visage était vérolé d’acné et qui aspire secrètement à devenir la future Sarah Bernhardt, la tuberculose en moins. Bref, François Hollande jette un œil furtif au papier, il lit « fiction politique contemporaine inspirée du processus révolutionnaire de 1789 ». Il se dit qu’au pire ce sera un long, un très long cours d’histoire, au mieux, une petite farce rigolote dans laquelle il pourra voir des comédiens cabotiner, dansant sur les têtes coupées des aristos.

 

C’était sans compter le talent et la verve de Joël Pommerat qui nous immerge dans un monde brutal fait de cinglants questionnements et d’implacables remises en question sur nous, sur soi, sur les autres, sur notre société, sur ce que nous voulons ou pas ou plus. Il nous inonde d’argumentaires qui ne sont jamais, au grand jamais, de simples bavardages. A l’intérieur de nous ça cogite, ça réfléchit, ça considère, ça délibère, ça gamberge et ça pénètre.

 

Mais ça François Hollande ne l’aura pas compris… Tu n’as pas vu ? Tu n’as pas entendu ? Tout ça ne t’invective pas, toi ? Oh ! Grands Dieux, non ! François Hollande est un spectateur bourgeois, un de ces spectateurs qui veut que son royal fessier soit confortablement installé, que son esprit soir au repos, de ce repos dominical tant porté aux nues par les Catholiques et que, surtout, son âme reste dans une certaine tranquillité. Une quiétude somme toute erronée, car le propre de l’âme est bien d’être animée… Certes, « mais alors, fermons les yeux et attendons que ça se passe » se dit François Hollande . Et pourtant. Et pourtant s’il savait. S’il savait que le théâtre est bel et bien là pour que nos pupilles soient écarquillées et que nos oreilles se débarrassent des feuilles qui les rendent sourdes. Cependant, notre cher François Hollande est ressorti de ce fabuleux spectacle apathique et l’œil égaré, ne voyant guère cette sinistre allusion « ça ira (1) Fin de Louis » ou bien « ça va mieux (1) Fin de François » ?!?

 

Mais cessons de rêver. Évidemment, François Hollande n’était pas à Saint-Étienne-du-Rouvray, au théâtre du Rive Gauche, ce soir, pour assister à ce déchaînement de théâtre essentiel qui nous fait grandir et avancer. Oh ! Non ! Je suppose que François Hollande était serein dans son palais de l’Élysée chéri à se demander si la brioche est plus chère que le pain...