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BlogSaturne - Culture et Gastronomie

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"Oussama, ce héros" de Martin Legros

"Oussama, ce héros" de Martin Legros

"Oussama, ce héros" de Martin Legros

Le couple à côté de moi était exaspéré

 

Ah ! Ça oui ! Le couple à côté de moi était exaspéré ! Mais exaspéré pour quoi ? Me direz-vous… Et bien, ce soir, au théâtre des Cordes de Caen, Martin Legros et sa Cohue présentaient « Oussama, ce héros » de Dennis Kelly. Alors, qu’est-ce qui était si agaçant ? Le texte ? Très certainement. La mise en scène ? Assurément. Mais quel déluge de violence que cet acte théâtral ! « Arrêtez de nous bousculer, arrêtez de nous chambouler ! » semblait s’écrier le couple bien sous tous rapports : hétérosexuel ? Évidemment ! Blanc ? Effectivement ! Entre 35 et 40 ans ? Incontestablement ! Ça, ça sent le premier rendez-vous culturel après une rencontre sur Meetic. Ou bien sur Elite ? Bah ! Oui ! En amour, on peut être exigent ! Mais sachez aussi, mademoiselle et monsieur qu’au théâtre aussi on peut être intraitable. Et, implacable, la Cohue l’a été. Intransigeante avec le texte, impitoyable avec la mise en scène, la Cohue nous donne à voir, à entendre et à ressentir la violence. Une violence banale, ordinaire et finalement terriblement familière. On ne peut pas fermer les yeux, se boucher les oreilles et ne pas être touché profondément par ce déchaînement de fureurs brutales.

Alors, oui, c’est bruyant, alors, oui, c’est dérangeant, perturbant, irritant et provocant mais ce qui est vraiment terrorisant c’est bien que cette violence soit ébréchée, comme si on nous donnait à voir quelque chose à laquelle, normalement, nous n’aurions pas dû assister. Cette violence, là, à l’accoutumée, nous n’y avons pas accès. Oh ! Bien sûr on en entend parler aux informations, dans les journaux qui aiment les scandales mortuaires ou encore sur internet. On sait qu’elle existe, mais on choisit de faire comme si elle n’avait jamais lieu. Et pourtant. Et pourtant, celle violence là, elle demeure en chacun de nous, latente, sourde.

La férocité enragée avec laquelle la Cohue nous immerge au sein de cette agressivité épouvantable nous dérange car finalement tellement proche de nous, ou mieux encore, tellement en nous.

Et pendant que le couple souffle, s’indigne à chaque insulte et regarde son portable à longueur de temps, quelque chose point en moi. Une chose qui était endormie, presque sournoise. Les murs du théâtre s’effondrent, les comédiens ne jouent plus mais existent tels des gens anonymes. Et si ce que je voyais était vrai ? Jusqu’à quel point j’ai sous-estimé la cruauté humaine ? Et si c’était ma monstruosité qui était montrée à tous ? Et si cette haine inexorable était la mienne ? Alors, je comprends beaucoup mieux ce couple exaspéré qui rejette en bloc ce qu’il voit, ce qu’il entend et ce qu’il ressent car nous savons tous à quel point c’est difficile de se retourner sur nous-mêmes et d’appréhender notre propre atrocité…

Quelque part entre les livres de Murakami Ryû et le premier film d’Alejandro Amenabar « Tesis », la Cohue nous ébranle. Mais n’est-ce pas le propre d’une Cohue de chahuter ?